LA COMPETITION AUTOMOBILE     

Dernière mise à jour : 12/05/2010

Voitures de records

L'ETOILE FILANTE DE RENAULT

Une tâche bleue sur le lac blanc

Au milieu des années 50, le développement de la turbine pour l'aéronautique se développe. Certains songe même à adapter cette motorisation sur des véhicules automobiles, dans le but de battre de nouveaux records de vitesse. Cependant, il reste encore quelques problèmes à résoudre, comme par exemple la chaleur dégagée et les vitesses phénoménales obtenues à gérer. Quelques avantages majeurs se dessinent toutefois en faveur de la turbine, la suppression de nombreuses pièces en mouvement, l'absence de vibrations parasites et la réduction facilitée du poids total du véhicule.

Joseph Szydlowski

Créateur de la firme Turboméca en 1938, Joseph Szydlowski travaille particulièrement sur l'utilisation de la turbine et possède déjà une renommée acquise dans l'aviation et les hélicoptères. La petite entreprise va vite acquérir une réputation internationale dans ce domaine. Toujours dans l'esprit d'innover, il propose à Pierre Lefaucheux de greffer une turbine sur un véhicule automobile à seuls fins de battre des records de vitesse et de faire progresser la motorisation à turbine. Pierre Lefaucheux à cependant d'autres priorités et juge le projet trop marginal. C'est un petit commando qui, en 1954, est alors désigné pour mettre en oeuvre le projet, un commando composé d'Albert Lory (le créateur du 8 cylindres en ligne de course pour Delage), Jean Herbert (ingénieur pilote), au sein des études de Fernand Picard (chef du bureau d'études de la Régie). Dans l'équipe, il faut aussi signaler la présence d'un jeune ingénieur de Turboméca, Dabadie.

Un projet controversé

En moins de deux ans, un premier véhicule est réalisé et présenté au centre de Rueil. La nouvelle direction, représentée par Pierre Dreyfus, est plus favorable au projet, l'Etoile filante (c'est ainsi que la voiture sera baptisée) constitue une initiative courageuse mais aussi un véritable laboratoire pour la Régie. De plus, à l'heure ou Dreyfus tente de commercialiser la Dauphine aux Etats-Unis, l'étude et la réussite du projet ne peut qu'être bénéfique pour l'image de Renault. Dans la discrétion d'abord, les essais de la voiture propulsée par une turbine à gaz Turbomeca sont encourageants, ce qui pousse la Régie à convoquer la presse pour montrer sa dernière création. Désormais, rien ne peut arrêter le projet.

Monthléry d'abord

L'engin présenté à la presse est une sorte de fusée plate, avec de larges ailerons. Moulée en polyester stratifié, la carrosserie monoplace possède de gracieuses rondeurs. Cette carrosserie a fait l'objet d'une grande étude aérodynamique, très poussée, au sein de la soufflerie Eiffel, d'ou l'adoption des curieuses dérives stabilisatrices. Sur les flancs de la caisse se dessinent de larges prises d'air rectangulaires destinées au compresseur. On retrouve d'autres ouvertures au devant des roues arrière pour les sorties d'échappement de la turbine. La carrosserie repose sur un châssis de 2.40 m d'empattement, un châssis constitué d'un réseau tubulaire en acier au chrome molybdène. Longue de 4,84 m, la voiture pèse 950 kg et sera freinée par quatre disques. Côté Turbine à gaz, il s'agit d'une Turmo 1 fournie par Turbomeca et aménagée en position centrale. Elle développe une puissance de 270 chevaux et, à l'origine, était prévue pour propulser un char de combat, un projet abandonné par l'armée. Il n'y a pas de boite de vitesses, un réducteur permet de faire chuter la vitesse de rotation de la turbine, cette dernière tourne à une vitesse maxi de 28.000 tr/mn. Par contre, le pilote dispose d'une marche arrière, obligatoire pour être conforme au règlement pointilleux de la FIA. Le 22 juin 1956, Montlhéry est envahit par une nuée de journalistes curieux, se pressant pour voir ou photographier l'Etoile Filante et tenter de récolter quelques informations auprès de Fernand Picard, ou du Président Dreyfus qui est venu assister en personne à cette présentation. La presse spécialisée n'oubliera pas non plus de photographier Jean Herbert qui effectue ce jour là une démonstration chronométrée sur l'anneau de vitesse. Il atteint alors la vitesse de 210 km/h. Mais la voiture peut aller encore plus vite et la Régie compte bien le démontrer.

Lac salé ensuite

La voiture a fait ses preuves, il ne reste plus qu'à dévoiler tout son potentiel technologique, en tentant de battre ce pour quoi elle fut créée, des records de vitesse. Pour ce faire, il faut un terrain adapté, l'Etoile Filante Renault est donc envoyée aux Etats-Unis, sur la célèbre piste du Lac salé de Bonneville, dans l'Utah, lieu mythique qui a déjà vu plusieurs engins de toutes formes atteindre des vitesses surréalistes. Pour accompagner l'engin, pas de journalistes ni de photographe, juste des techniciens, des chronométreurs de la FIA et Albert Lory. Le 5 septembre 1956, c'est Jean Herbert qui s'élance sur ce grand désert blanc. Confortablement installé sous le cockpit profilé de son engin, il s'adjuge le kilomètre avec 306.9 km/h, un nouveau record mais pas le dernier. Il enchaîne avec le mile passé à 307,7 km/h, puis les cinq kilomètres à 308.9 km/h. L'ancien record, établi à 243 km/h est largement pulvérisé. 4 records en une journée, la fine équipe songe déjà au lendemain. Le 6 septembre, l'Etoile Filante repart et est chronométré à 322 km/h. Cette vitesse ne sera pourtant pas homologuée mais Jean Hébert reste convaincu que l'Etoile Filante pouvait aller encore plus vite, voir atteindre les 330 km/h.

Poste de pilotage

A l'intérieur de son poste de pilotage, Jean Herbert disposait d'un tableau de bord comprenant 7 cadrans circulaires. Les trois principaux, les plus gros, sont le compte-tours du générateur de gaz, le compteur de vitesse jumelé avec le compte-tours de la turbine motrice et enfin, le témoin de la température des gaz. On les trouve tous les trois au dessus de la colonne de direction. De chaque côté du volant, en deux fois deux, les quatre cadrans plus petits sont, en partant de la gauche, la température du palier de la turbine motrice, le thermomètre d'huile, les manomètres de pression d'huile et l'indication de la pression d'air du compresseur.

Retraite méritée

L'Etoile Filante, fierté de la Régie Renault, n'a pas récidiver sur le lac Salé. Une fois de retour en France, elle prend place sur le stand Renault du Salon de paris en octobre 1956. Sur un plateau tournant, dans son habit bleu de France à bandes rouge et blanc, elle est largement admiré par les visiteurs encore impressionnés par la série de records annoncée. Elle fera ensuite l'ouverture des 24 Heures du Mans de 1957 avant de rejoindre d'autres stars de la marque au sein du Patrimoine Renault, pas loin de la 40 CV des records, une grande soeur en somme. On la retrouvera à quelques occasions dans certaines manifestations et expositions.

L'Etoile Filante, fierté de la Régie Renault, n'a pas récidiver sur le lac Salé. Une fois de retour en France, elle prend place sur le stand Renault du Salon de paris en octobre 1956. Sur un plateau tournant, dans son habit bleu de France à bandes rouge et blanc, elle est largement admiré par les visiteurs encore impressionnés par la série de records annoncée. Elle fera ensuite l'ouverture des 24 Heures du Mans de 1957 avant de rejoindre d'autres stars de la marque au sein du Patrimoine Renault, pas loin de la 40 CV des records, une grande soeur en somme. On la retrouvera à quelques occasions dans certaines manifestations et expositions.