VINOT-DEGUINGAND    

Dernière mise à jour : 15/05/2010

Sans bruit et sans reproche

Petit historique

Lucien Vinot (1864/1941)
Albert Deguinguand

Vinot et Deguingand, représentés sur un dessin de l'époque
Firme pionnière, Vinot et Deguinguand connaît une certaine notoriété jusqu'à la Grande Guerre auprès d'une clientèle essentiellement parisienne. Mais sa production inadaptée au marché après 1919 fait fatalement disparaître la marque avant même la crise de 1931.

Le 28 décembre 1897, est déclarée une société en nom collectif Rolland, Vinot et Deguingand, située au 28 quai National à Puteaux, ayant pour objet la production et la commercialisation de voitures automobiles et de moteurs à gaz et à pétrole. Quelques mois plus tard, Rolland disparaît de l'affaire et une Société des Anciens Etablissements Vinot et Deguinguand est fondée avec le même objet. La jeune firme ne vise pas la fabrication des grosses voitures, ni d'engins de course. Vinot et Deguinguand, ingénieurs tous les deux, suivent la même voie que Louis Renault ou De Dion Bouton, en adoptant la formule Voiturette, mais à moteur bicylindrique. La première Vinot et Deguinguand de 1899, appelée Type B, est une deux places sur châssis en acier profilé à moteur refroidi par eau de 1,5 litre de cylindrée et de 5-6 ch. réels capable d'atteindre 40 km/h. Bien entendu, les soupapes d'admission sont automatiques et les échappements commandées. L'allumage est à piles et rupteur basse tension. D'emblée, la voiturette est livrée avec direction à volant et boîte à 3 vitesses avec sélecteur en ligne central. Du point de vue mécanique comme de l'architecture générale, les solutions retenues sont simples et élégantes et la qualité de fabrication attire une clientèle suffisante pour que la firme s'abstienne de participer aux premières courses. Ce premier modèle est primé à l'Exposition universelle de 1900. Dès 1901, Vinot en propose une version plus puissante (environ 10 ch.), classée en catégorie voitures légères.

La première Vinot et Deguinguand 4 cylindres double bloc apparaît en 1903, avec un moteur de 3,3 litres à soupapes bilatérales donnant environ 15 ch. à 1.100 tr/mn, suivie en 1904 d'une version portée à 18 ch. équipée en 1905 d'un radiateur en nids-d'abeilles. Ces augmentations de puissance répondent au désir des clients de disposer de voitures à quatre places plus longues, plus lourdes et offrant davantage de confort. La magnéto à haute tension et les boîtes à 4 rapports permettent désormais de voyager en auto et non plus de se limiter à de courts déplacements de loisir. Comme les autres constructeurs, Vinot et Deguinguand propose alors une nouvelle voiturette dite Populaire comme la de Dion, à moteur de 10 ch. et, à l'autre bout de la gamme, une grosse 30 HP à 4 cylindres séparés bonne pour 80 km/h. En 1906, Vinot et Deguinguand présente une 6 cylindres de 6,5 litres à trois blocs de cylindres, mais son coût et son manque de fiabilité en limitent la diffusion.

En 1908, la marque abandonne les chaînes en faveur de la transmission par arbre et adopte les soupapes du même côté. En 1909, elle rachète à un groupe anglais la marque Gladiator en difficulté, et les types sont unifiés, les Gladiator étant plus luxueusement équipées et finies. Rappelons que Gladiator avait été fondée par Alexandre Darracq avant de passer sous le contrôle d'u groupe anglais.

Fin d'une épopée

En 1912, Vinot et Deguinguand adopte le moteur 4 cylindres monobloc et limite sa gamme à quatre types de base : une 10 HP, une 12 HP, une 14 HP et un type de luxe, une 24 HP, seul modèle à moteur bibloc. Bien gérée, la firme vit aussi de ses camionnettes et de ses petits camions de 1.500 kg à 3 tonnes. La guerre vaut à Vinot et Deguinguand des commandes de camionnettes pour l'aéronautique militaire, outre les commandes en sous-traitance pour d'autres constructeurs fournisseurs des armées. En 1919, la firme n'a rien de neuf à proposer sinon des types de 1914 un peu modernisés. Le premier type nouveau est la 10 HP BP de 1921 à moteur 1,8 litres de 35 ch. à soupapes en tête, voiture bien fabriquée mais chère et incapable de lutter contre les voitures équivalentes produites en grande série. Sans idées nouvelles, sans jouer la carte du sport et sans moyens d'investir, Vinot et Deguinguand vivote jusqu'en 1925. La firme s'installe à Nanterre, mais le décès de Vinot précipite sa fin. L'usine de Nanterre est cédée au constructeur Jérome Donnet, qui, sur ce terrain, fera construire un bâtiment ultramoderne que la jeune Simca reprendra en 1935.

Compétition

La course n'était pas la préoccupation de Vinot et Deguinguand. Cependant, on commença à voir apparaître en course des voitures de la marque au Tourist Trophy en 1906 (une 4 cylindres de 3,7 litres et 22 ch.) et en 1917 (une 4 cylindres de 4,8 litres et 28 ch.). La même année, deux voitures coururent le Kaiserpreis en Allemagne, sans succès. En 1908, deux Vinot et Deguinguand participèrent au Tourist Trophy, où Browne finit 6e, tandis que Léon Molon abandonnait. Vinot et Deguinguand participa également au GP de l'ACF 1912 en catégorie 3 litres courant pour la nouvelle Coupe des Voiturettes. Les trois voitures à l'arrière très bien profilé furent confiées aux frères Léon et Lucien Molon et à Paul Vonlatum. Les moteurs à soupapes en tête délivraient 90 ch. Malheureusement, les frères Molon, quoique rapides (135 km/h), durent abandonner : les bouchons des carters d'huile desserrés avaient laissé fuir tout le lubrifiant. Les frères Molon participeront également à la première édition des 24 Heures du Mans, sur une 10 HP BP.

Au Mans, en 1923, avec la 10 HP Type BP des frères Molon, 26e à l'arrivée

Deguinguand seul

En 1926, Deguinguand relance une affaire en produisant toujours de petits camions et en assurant l'après-vente des Vinot et Deguinguand antérieures. L'année suivante, il joue la carte de la 8 CV en montant des moteurs SCAP à soupapes latérales ou culbutées dans un châssis maison à 4 vitesses et freins avant Perrot. Les organes mécaniques sont achetés à l'extérieur, mais la production reste limitée en raison du prix. Une voiture populaire à moteur deux temps due à l'ingénieur Violet est brièvement produite, car la firme Deguinguand ferme ses portes dès 1929.