
GEORGES RICHARD

Dernière mise à jour : 15/05/2010
Dévorée par Brasier...

Petit historique
Georges Richard (1863/1922)

Georges Richard fait partie de ces promoteurs de l'industrie automobile française naissante avec les marques Georges Richard, Richard-Brasier
et Unic. C'est en 1899 qu'il débuta dans l'automobile, en prenant la licence d'une voiturette belge construite par Vivinius. En france, elle deviendra le "Poney".
Ingénieur de formation et constructeur de bicyclettes,
Georges Richard se lança dans l'automobile en fondant la Société des Anciens Etablissements Georges Richard.
Il proposa alors une petite voiture baptisé Trèfle à quatre feuilles (le trèfle
ornant le sigle de la marque depuis ses débuts). En 1899, il s'installe à Ivry-Port et présente de nouveaux modèles. Associé dès 1901 avec un ancien
ingénieur de chez Mors, Henri Brasier, Georges Richard fonde la marque
Richard-Brasier. Victime d'un accident, il devra passer de longues périodes en
convalescence. Brasier en profitera pour prendre les commandes de la marque,
évinçant doucement Georges de son entreprise. Ce dernier finira par partir pour
fonder la marque UNIC en 1904, marque qui perdurera jusqu'en 1951, année de sa
reprise par Simca. Elle deviendra ensuite IVECO.
Les cycles d'abord


Georges Richard est né en 1863, dans une famille de constructeurs d'appareils de physique et d'optique. Son père, Félix Richard, a fabriqué des
appareils stéréoscopiques et son frère, Jules, a créé le Vérascope, un appareil photographique rassemblant deux chambres photographiques, donc disposant
de deux objectifs. Cet appareil produisait deux photographies jumelles mais non semblables en vue d'une restitution en relief.
Après une scolarité succinte, Georges passe de petits boulots en petits boulots, avant de rejoindre l’entreprise familiale dirigée désormais
par Jules, son aîné. Georges travailla quelques temps avec son frère mais sans enthousiasme, la fabrication d’appareils de précision n’étant pas
sa passion. Il finit par quitter à 30 ans la petite entreprise pour ouvrir un atelier de fabrication et de réparation de
bicyclettes rue d’Angoulême à Paris. Dans l’aventure, il entraîne son second frère, Félix-Maxime, alias Max, issu de l'Ecole Centrale. Malgré le fait
qu'il soit plus âgé et plus instruit, Max restera toujours dans l'ombre de son frère cadet. La bicyclette, qui connaît un beau succès à
cette époque, permet à Georges Richard de remplir ses bons de commande et de consolider la trésorerie de son entreprise. Le succès pousse les deux frères à
ouvrir deux nouveaux magasins d’exposition et de vente, toujours à Paris et de fonder, en 1893, la Société des Cycles Georges Richard. Dans le statut de la
société, il est déjà fait mention de la construction et de la vente de voitures automobiles. Georges et Max ne ménagent pas leurs efforts et la société prospère.
Ils produisent des bicyclettes de qualité garanties à vie contre tout vice de construction. Ce travail de qualité permet de compter parmi leurs clients
le service des armées et celui des Postes et Télégraphe. Au Salon du Cycle de 1893, le succès remporter par les produits des deux frères est tel qu’ils
doivent à nouveau s’agrandir. Il doivent également modifier la raison sociale de l’entreprise qui devient la Société
de Construction de cycles et d'Automobiles Georges Richard.
Débuts dans l'automobile
L’envie de construire des automobiles se précise et se matérialise en 1896, lors du 3e Salon du cycle. Cette année-là, le salon est ouvert aux voitures sans chevaux.
Max et Georges présentent une voiturette à deux places, construite sur un châssis très inspiré des cycles. Le moteur est un monocylindre de 3,5 HP et 708 cm3, d’origine
Benz. Très rapidement, Georges Richard développe sa voiture en perfectionnant la mécanique. Il revoit l'allumage, le système de transmission. Cependant,
l'automobile évolue vite et sa création est vite dépassée techniquement. Malgré une fiabilité accrue, une augmentation de puissance, Georges
Richard doit se rendre à l'évidence, il faut déjà lui trouver une remplaçante. C'est donc un type plus perfectionné et plus fiable encore qu'il doit
trouver. Ce sera en Belgique.
Succès en course
En 1897, Max et Georges proposent deux nouveaux modèles et s’alignent au départ de la course
Paris-Dieppe. Les deux frères prennent eux-mêmes le volant des voitures. Max
termina à la 11e place et Georges abandonna, suite à un ennui de
bougie. Cet incident mineur poussera Georges à fabriquer ses propres bougies,
des bougies dites à dilatation libre dont il dépose le brevet en 1901, l’un des
premiers d’une longue liste. Parmi ses brevets, on peut citer ceux déposés pour
un embrayage par courroie, un changement de vitesses serti dans un carter étanche
et un carburateur à pulvérisation et réglage automatique délivrant un débit
constant de gaz. En 1898, Georges et Max connaissent leur premier succès, lors
du Marseille-Nice. La voiture, une bicylindre 7 HP, sera exposée lors de l’Exposition
Internationale des Automobiles avant d’être engagée au Tour de France automobile.
Malheureusement, cette aventure se termina dans un fossé. Le châssis de
la voiture n’a pas souffert dans l’accident, prouvant de fait la solidité des
fabrications de Georges Richard.

Ivry-Port
Le financier suisse F. Bentz Audéoud se
présente alors, pour investir une partie de son argent et des capitaux français
dans l’entreprise. Cette transaction est à noter comme l’une, voir la première
contribution d’une banque dans l’industrie automobile française. Cet apport
permet à Georges Richard de disposer d’une trésorerie importante lui permettant
de voir l’avenir sereinement. La firme déménage alors dans un grand entrepôt à
Ivry-Port. Dans le même temps, la firme prend le nom de Société des Anciens
Etablissements Georges Richard. La petite entreprise est devenu un grand
complexe industriel qui emploie 300 personnes.
Vivinius
En 1897, un ingénieur français, Alexis Vivinius, conçoit en Belgique une voiturette viable dont il commence la production en 1899. Georges Richard en
a la connaissance au Salon du Cycle de Bruxelles, où il expose ses créations. Il décide alors, en voyant le véhicule de Vivinius, de le produire
sous licence en France dans sa nouvelle usine d'Ivry-Port, installée à la suite d'une importante augmentation de capital survenue en juillet 1899.
Mais il exige, comme épreuve définitive, qu'une Vivinius effectue le trajet Bruxelles-Paris sans panne majeure. Cette performance est réalisée à
23 km/h de moyenne et Georges Richard signe le contrat avec Alexis Vivinius.
Alexis Vivinius (1860/1929)
Né en 1860 à Stenay, dans les Ardennes, Alexis Vivinius travaillait à Bruxelles dans une affaires de fabrication d'outillages. Parallèlement,
il construisait une petite voiture à vapeur. En 1895, il se mit à son compte et prit la représentation des productions Benz. En 1899, il fonda
la société Vivinius en vue de produire sous son nom une nouvelle petite voiture monocylindre, dont il vendit la licence de fabrication à
De Dietrich en Alsace, à une firme anglaise qui la produisit sous la marque New Orleans et à Georges Richard en France.
Le Poney
A la fin du siècle, la mode est à la voiturette, comme le Vis-àVis de De Dion-Bouton, véhicule de référence de cette époque. La Vivinius se pose en
concurrence, en dépit du fait qu'elle n'offre que deux places. Georges Richard la présente à la fin de 1899 sous
le nom de "Le Poney automobile".

La voiturette Georges Richard est constituée par un châssis en tube d'acier étiré (sans soudure) à raccords brasés, selon la technique de construction
des bicyclettes. La suspension est assurée par quatre ressors semi-elliptiques et des pneus de forte section (pour l'époque!). Le moteur vertical
placé à l'avant est un monocylindre refroidi par air grâce à de généreuses ailettes et un ventilateur. L'admission est encore du type automatique, mais
le carburateur est un appareil Georges Richard à pulvérisateur et niveau constant, qui garantit un mélange homogène. La transmission comprend
2 rapports par engrenages planétaires et une courroie. L'embrayage est donné par le déplacement de l'essieu arrière, qui tend la courroie primaire.
Fiable et simple (un seul graisseur), le Poney roule à 50 km/h en consommant 8 à 9 litres d'essence aux 100 km.

Evolution
En 1901, le poney reçoit un moteur de 6 chevaux réels et un changement de vitesses à 3 rapports. Les prix
atteignent près de 4.000 francs. Malgré une version trois places et un volant en option au lieu du guidon, ce type de voiturette
apparaît dépassé en 1902, lorsque Daimler présente la Mercedes. Le Poney est abandonné, mais sa fabrication est reprise provisoirement par Max Richard sous
la marque Ajax. Georges Richard se tourne vers des moteurs à 2 et 4 cylindres en adoptant des mécaniques De Dion sur certains types.
La gamme Georges Richard se développe et les modèles se suivent, tournant désormais autour de
moteurs développant de 3,5 à 10 HP, avec en bonus une petite voiture
électrique. Pour promouvoir ces différents modèles, Georges et Max compte
toujours sur la compétition. Depuis 1900, de nombreux pilotes amateurs s’engagent
sur des modèles de la marque, remportant de nombreux succès ou places d’honneur
en France dans le Paris-Roubaix, la course de côte de Laffray, ou à l’étranger, à Genève, Berlin,
Saint-Pétersbourg. mais les deux frères sont toujours partants pour piloter
eux-mêmes les voitures qu’ils produisent. Les succès entraînent les commandes
qui proviennent aussi bien de l’hexagone que de Russie, de Suisse ou de Grande-Bretagne.
Cet engouement pousse la marque à présenter, au Salon de Paris de 1901, une Type
1 de 6 HP, voiture atteignant les 50 km/h, annoncée par la presse comme "la
voiture la plus simple du monde et la plus exempte d’ennuis et de pannes".
Par la suite, Georges Richard proposera quatre nouveaux modèles lors du Salon
1902, deux châssis 10/12 HP, un châssis 15/20 HP et une voiturette 5 HP. Ces châssis,
qui se démarquent souvent de la concurrence par leur qualité de fabrication, leur
robustesse et leur fiabilité, remportent également de beaux succès dans les concours,
récompensés pour l'élégance de leurs carrosseries réalisées par les meilleurs artisans de l'époque,
Binder, Labourdette, ou encore Kellner. Ces voitures innovantes ont cependant une forte ressemblance
avec les automobiles Panhard et Levassor.
A signaler que la marque n’a pas cessé la production des bicyclettes qui seront
encore produites jusqu’en 1903.

Henri Brasier
Depuis novembre 1901, l'usine d'Ivry est régie par un nouveau directeur de production, Henri Brasier, qui va prendre dans la maison une autorité
considérable en raison de l'accident survenu à Georges Richard dans la course Paris-Madrid. En attendant, c’est cet ingénieur
venant de Mors qui va s’occuper de développer les modèles de l’entreprise, des modèles qui se vendent bien mais qui doivent être soutenus par de bons
résultats sportifs, la marque devant asseoir définitivement da réputation et son rang dans ce domaine. Brasier va développer une 14 HP, qui va s’imposer
brillamment dans la une course organisée par l’Automobile Club de Tours. Elle renouvelle l’exploit à New York, à Genève, dans la course de côte de Château-Thierry,
et dans le kilomètre lancé de Dourdan, la voiture atteignant les 115 km/h.
Henri Brasier est un homme prétentieux et ambitieux, qui s’impose dans l’entreprise. Il devient vite l’associé de Georges
Richard qui ne voit pas ce qui se trame dans son dos, trop absorbé par la mise
au point des futurs modèles de tourisme et les préparatifs de la course de l’année
1903, le Paris-Madrid. L'association entre els deux hommes a donné naissance à la nouvelle entreprise Richard-Brasier.
Le Paris-Madrid est une véritable hécatombe, suite à de
nombreux accident dont plusieurs pilotes ne sortiront malheureusement pas
indemnes. Les décès sont nombreux et le plus médiatisé sera celui de Marcel
Renault.
Sur le plan sportif, la course est une réussite pour la nouvelle marque Richard-Brasier, qui obtient le meilleur classement
en catégorie. Malheureusement, Georges Richard a également été victime d’un
accident. En voulant éviter un spectateur, il a percuté un arbre, se blessant gravement à la hanche et à la jambe, entraînant
une invalidité à vie. Il sera par la suite contraint à de nombreuses hospitalisations et de
longues convalescences, une situation qui permettra à Henri Brasier de prendre
la direction de l’entreprise. Avec plus d’autonomie, Brasier développe un
nouveau bolide de 80 HP, une quatre cylindres de 9.896 cm3 avec transmission
par chaine et châssis en acier embouti.
Coupe Gordon Bennett
Confiée à Théry, la 80 HP Richard-Brasier s’impose aux éliminatoires de la Gordon Bennett et remporte
ensuite l’épreuve sur le circuit allemand de Taunus à plus de 87 km/h de
moyenne. En 1905, Théry remporte à nouveau les éliminatoires de la course qui
se dispute cette fois à Clermont-Ferrand. La voiture a été poussée à 96 HP et Théry
s’impose une nouvelle fois dans l’épreuve devant la Mors de Salleron et la
Turcat-Mery de Rougier. Cette Coupe Gordon-Bennett
était la dernière et la Coupe trône désormais au siège de l’ACF.
Départ de Georges Richard
Pendant l’absence de Georges
Richard, Henri Brasier en a profité pour se faire nommer directeur et
administrateur de la firme en 1904. En 1905, il résilie purement et simplement
le contrat des deux frères Richard. Max avait peut-être senti les choses venir
et c’est certainement pour cela qu’il avait fondé la marque d’automobiles et de
cycles Ajax, installée rue St Maur à Paris, ou réside famille Richard, et la
marque Petit et Cie qui a repris la fabrication de bicyclettes. Dans ce
divorce, Georges Richard perd l’usine d’Ivry.
Richard Brasier
Henri Brasier poursuivra la production des automobiles, des voitures robustes et
classiques, de 6 à 50 HP, des deux, quatre et six cylindres. Ces voitures ne
connaîtront pas le même succès que leurs aînées et confronté par la suite à des
problèmes financiers, Henri Brasier s’associera à Camille Chaigneau pour former la
marque Chaigneau-Brasier. Trop élitistes, les voitures se vendront mal et la
firme fermera ses portes en 1930.
L'avenir de Georges Richard
Durant sa convalescence, Georges Richard
reçoit la visite du Baron Henri de Rothschild qui, conscient de l’avenir de l’automobile,
lui propose de le soutenir totalement dans la création d’une nouvelle société
de construction automobile. Georges accepte. Le Baron apporte à Georges Richard
de l’argent dans un premier temps, puis des locaux situés quai National à
Puteaux. Cette usine, bâtie en 1900, a déjà abrité les constructeurs d’automobiles
Bardon et Pascal. En attendant de s’installer à Puteaux, la nouvelle société Georges
Richard et Cie s’installe rue St Maur, et dans l’aventure, Georges entraîne à
nouveau son frère Max. En février 1905, ils proposent une première voiture, le
Type A1, une bicylindre de 10 HP. Quelques semaines plus tard, ils proposent la
Type A2, puis B1, une quatre cylindres de 14 HP. Trop exigus, les locaux sont
abandonnés pour Puteaux. Ce déménagement se concrétise par la création de la
Société Anonyme des Automobiles Unic. Une nouvelle histoire débute qui mènera ensuite
à la création d'Iveco.
