BELLANGER    

Dernière mise à jour : 15/05/2010

De la Marine à l'Automobile...

Petit historique

Robert Bellanger(..../1966)

Robert Bellanger était un homme du monde, un industriel polyvalent et un constructeur d'automobiles. Avant de devenir homme politique, il a produit des voitures originales qui marquèent les années 20.
Passionné d’automobiles, Robert Bellanger est né le 3 janvier 1884 à Saint Denis. Il fonde en 1907 à Paris une agence générale des Automobiles Westinghouse. Cette entreprise, filiale française d’une firme américaine, est spécialisée dans le freinage des trains et les commandes de signaux. Elle construit à l’époque des automobiles de luxe dans son usine du Havre depuis 1907. Robert est aussi concessionnaire Delaunay-Belleville, constructeur avant-guerre des voitures les plus luxueuses françaises.

Premières automobiles

En 1913, Robert Bellanger met la clé sous la porte et revient à son premier métier, les ascenseurs. Cependant, l’automobile reste une passion et au cours de cette même année, il décide de fonder sa propre entreprise de construction d’automobiles. Il fonde alors, avec ses frères, la Société Automobiles Bellanger Frères. Le siège social, comme l’usine, se trouve route de la Révolte à Neuilly sur Seine. En fonction de sa clientèle, Robert décide de produire par assemblage des voitures de luxe, puissantes et rapides. Pour motoriser ses voitures, Robert adopte une motorisation qui a fait ses preuves, le moteur sans-soupapes Daimler-Knight.

Dès le début, des voitures de grand standing vont sortir des ateliers de Neuilly, des voitures qui se montrent également puissantes, nerveuses, toutes reconnaissables à leur radiateur « Bull-nose », dessiné par Robert lui-même. Ces automobiles, des 13 et 15/20 HP, adoptent de luxueuses carrosseries et se vont vite une réputation pour leur silence et leur qualité de construction. Les transmissions sont à vis sans fin, une solution choisie pour leur absence de bruit. Certaines voitures sont dotées de boites de vitesses à chaînes et crabots pour la même raison. D’ailleurs, le slogan de la marque à l’époque résume à lui tout seul la notoriété de l’entreprise : "Son capot est d’argent et son silence d’or". Ajoutons au descriptif que la suspension est à flexibilité variable, que les voitures sont dotées de roues Riley démontables et d’un embrayage conique. Juste avant la guerre, la 30/50 HP remporte un gros succès.

Première Guerre mondiale

En 1914, comme beaucoup de constructeurs, la société Bellanger Frères va se consacrer à l’effort de guerre. A cette époque, la firme est en pleine voie de développement industriel et, très bien dirigée, elle s’adapte de suite aux nouvelles conditions imposées par les hostilités. Très vite, elle reçoit une première commande pour des automobiles destinées aux armées françaises et alliées. D’autres marchés pour la fabrication d’artillerie vont compléter les fabrications, permettant à l’entreprise de consolider ses activités. Bellanger va produire des obus, des obusiers, aux côtés des automobiles blindées. Elle produira également des vedettes pour la Marine. Bellanger va également participer à l’envol de l’industrie aéronautique, qui se développe à grande vitesse grâce au conflit. Elle va créer un atelier de pièces détachées qui livrera en série tous les principaux organes des aéroplanes Sopwith.
La société Bellanger frères va démontrer ce dont elle est capable et démontrer qu’elle peut, par patriotisme et par orgueil industriel, participer à l’effort de guerre. Lorsque les ateliers tournent à plein rendement pour l’aviation, Bellanger fonde une usine de 15.000 m2 pour la construction d’avions complets, des Breguet 14A. Malgré la pénurie de matières premières, malgré le manque de main-d’œuvre, et malgré les bombardements, Bellanger ne stoppera pas ses productions. Même l’avance de l’ennemi sur Paris ne freinera ses activités. Les femmes viennent remplacer les ouvriers partis au front, avec un outillage constamment amélioré pour un meilleur rendement et une plus grande facilité d’utilisation.
Pendant le conflit, l’entreprise entrera dans le cercle restreint des constructeurs d’avions qui possèdent la plus grosse production mensuelle. Les avions de bombardement qu’elle produit participent à la déroute de l’ennemi et ceux construits après la guerre auront des missions plus pacifiques.

Années 20

En 1919, la reconversion d'une partie de l'usine à l'automobile se traduit par l'abandon des moteurs sans soupapes au profit de moteurs américain Briscoe. En faisant ce choix, Bellanger ne se fera pas que des amis parmi les industriels français, en sachant que les fabricants de moteurs sont nombreux en France. L'après-guerre cultive un patriotisme sourcilleux dans tous les domaines. De plus, le franc, terriblement dévalué par rapport au dollars renchérit les importations. On peut supposer alors que Bellanger a négocié ces moteurs à un prix de surplus auprès du constructeur. En fait, Benjamin Briscoe fut le voisin de Bellanger à Neuilly, lorsqu'il a fondé, en 1914, la société française Briscoe Frères, après quelques mésaventures aux Etats-Unis.
Briscoe fut le co-fondateur de la marque Maxwell-Briscoe et tenta de créer un groupe rival de la General Motors. Pour cela, il fonda en 1909 l'United States Motor Corporation et regroupa neuf entreprises. En 1911, le groupe était composé de 130 entreprises, ce qui déclencha des rivalités internes. Walter Flandre parviendra, avec l'aide des banquiers, à isoler et à se débarrasser des frères Briscoe. Dépité, Benjamin quittera Détroit pour venir tenter sa chance en France, créant le cyclecar Ajax. C'est à cette époque qu'il fut le voisin de Bellanger. Lorsque la guerre éclate, les deux frères Briscoe retournèrent aux Etats-Unis pour produire le cyclecar Argo, une copie conforme de l'Ajax.
De retour aux Etats-Unis, Briscoe reprend egalement la construction d'automobiles sous la marque Briscoe Motor Co. et produit, jusqu'en 1920 des 4 cylindres à environ 35.000 exemplaires. Devant avoir des stocks importants, Briscoe reprend contact avec Bellanger et lui propose de monter une association, l'américain fournissant les moteur et le français les châssis à qui veut se lancer dans l'assemblage. D'après lui, il y a des clients potentiels. Cependant, Bellanger n'est pas de cet avis. Il a trouvé néanmoins des moteurs bon marché, correctement conçus et fabriqués. Il va donc jouer le rôle de l'assembleur et doter ses châssis des moteurs Briscoe. Au Salon de Paris de 1919, il propose alors le Type A1, une 15/17 HP à moteur Briscoe, voiture mise en production dès 1920. Grâce aux bénéfices engrangés durant le conflit, il met également en production deux autres modèles, un 24/30 HP et le Type F "Super 8" (moteur V8), nommées également 35/50 HP. Ce moteur V8 est fortement inspiré des moteurs Duesenberg-Rutenberg. C'est à cette époque que les voitures Bellanger adoptent la conduite à droite.

Bellanger A1
Le modèle V8 s'inscrit dans la lignée des super voitures de l'époque, comme les Hispano-Suiza, Farman, Fonck ou Gnome et Rhône, Fiat ou Lancia. Ces constructeurs proposent également des voitures aux moteurs V6 ou V12. Dans tous les cas, elles ont toutes une existence brève. La Bellanger V8 n'échappe pas à la règle. Elle ne sera construite qu'à une dizaine d'exemplaires, tous disparus aujourd'hui.
La A1 ne remportera pas non plus un grand succès. Sa production se chiffre à quelques centaines d'unités, jusqu'en 1923, année de son retrait. Malgré sa qualité de construction, la clientèle restera très frileuse, estimant que le moteur américain était difficile à réparer.

Salon de Paris 1922

 

Bellanger A1 1920
Durant les années qui suivront la sortie de la A1, fer de lance de la marque, Bellanger va laisser la voiture prendre de l'âge. Devenue obsolète face à la concurrence, elle ne se vend plus, les clients se détournant de la marque au profit, un comble, des voitures américaines. Il semblerait que la marque se soit trop reposer sur ses lauriers. En 1928, Robert Bellanger passera des accords avec De Dion-Bouton, pour vendre sous sa marque des 8 CV De Dion, dont les ventes sont elles aussi en berne. La crise de 1929 mettre un terme à cet épisode. Il s'agissait en fait de relancer les ventes du constructeur en équipant les De Dion du célèbre radiateur "Bull-Nose" et de les vendre sous le nom de Bellanger. En 1931, la marque Bellanger disparait du marché. Entre-temps, Bellanger a retrouvé la politique et est devenu député, vice-président du groupe parlementaire de l'automobile, et rapporteur du budget de la Marine. Les usines de Bellanger, situées à Neuilly sur Seine, seront cédées à Peugeot, puis revendues à Lucien Rosengert.

Fort de Brégançon

En 1928, Robert Bellanger loua à long terme le fort de Brégançon. Il entreprendra sa restauration jusqu'à ce que l'administration le reprenne au début des années soixante pour en faire une résidence de la République. Robert Bellanger s'éteindra le 9 juin 1966 à Paris.