
LA COMPETITION AUTOMOBILE
Dernière mise à jour : 18/05/2010
Masten Grégory (1932/1985)

Une seule passion, la vitesse...

Petit, myope, effacé, Masten Grégory a véritablement un
physique atypique (un physique d'étudiant attardé et d'épaisses lunettes de
vue), loin de l’archétype du pilote automobile. Pourtant, il va, pendant près
de 20 ans, mixer témérité et polyvalence, se montrant capable des exploits les
plus inimaginables. Son coup de volant reste un des meilleurs de l’histoire
automobile.
Ses débuts
Né le 29 février 1932 à Kansas City dans le Missouri, Masten
Gregory hérite d’une grande fortune quand sa mère revend la compagnie
d’assurance familiale. L’argent sera très vite investi dans dès voitures de
sport, dont une Allard 12X à moteur Mercury en 1951 avec laquelle il débute en
compétition en 1952, lors des 50 mile SCCA race à Caddo Mills au Texas, en
novembre, puis dans des grandes épreuves en 1953, adaptant un moteur Chrysler sous le capot de son Allard.
Il débute dans des courses de voitures de sport et dès sa seconde course, se montre très incisif.
Lors des 12 heures de Sebring 1953, sa seconde course, il parvient à se hisser
à la 4e place avant de devoir abandonner. Après l’Allard, Masten
s’offre une Jaguar XK 120 Type C. Il décroche avec cette voiture une victoire
sur le circuit du Golden Park à San Francisco. Puis, il troque son anglaise
pour une belle italienne, une Ferrari 375 MM. De course en course, sa
réputation augmente. Il arrive en Europe pour tenter sa chance, terminant entre
autre second en catégorie dans le Tourist Trophy de 1954.
Europe
C’est au Mans en 1955 qu’il se fait connaître, au volant
d’une Ferrari 750 Monza. Pour cette épreuve mythique, il partage sa Ferrari n°
14 avec Mike Sparken (Michel Pobejersky). Malheureusement, ils doivent
abandonner dans la 3e heure, après la casse d’un piston.
En 1956, il brille sur le sol américain, tantôt avec Ferrari,
tantôt avec Maserati. En 1957, dès le début de saison, il remporte les 1000 km
de Buenos Aires avec une Ferrari 290 MM, une victoire qui va se montrer décisive pour la carrière de
Masten. Il est invité à disputer des épreuves en Europe. La Scuderia Centro Sud lui confie une Maserati privée pour
disputer le grand Prix de Formule 1 de Monaco. Il termine troisième de
l’épreuve. Masten est donc l’un des premiers pilotes américain
à courir le championnat du monde de F1 en Europe mais également le premier à monter sur un podium de F1. Masten participe
ensuite à trois autres Grand Prix, en Allemagne, en Espagne et en Italie,
terminant 8e, 4e et 4e. Sa saison s’achève avec une sixième place au classement général du championnat. Contacté ensuite
par la Scuderia Ferrari, il décline l’offre, n’étant pas sur de pouvoir courir
tout la saison dans cette écurie. Il se garde ainsi la possibilité de courir en
parallèle dans des épreuves en catégorie Sport.
F1
En 1958, Masten court sur une Maserati privée, pour quelques
courses en Formule 1. Il participe au GP des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie et
du Maroc sur la Maserati 250 F, les trois premiers pour la Scuderia Centro Sud,
le dernier pour l’écurie Temple Buell. Cependant, sa saison est gâchée par un
grave accident lors d’une épreuve Sport à Silverstone. Victime d'une rupture
mécanique et sentant le crash inévitable, Gregory avait préféré sauter de sa
voiture en marche. Cette solution pour le moins radicale et spectaculaire ne
tardera pas à devenir la marque de fabrique du pilote américain. Il revient en 1959 avec l’écurie Cooper Car Company et prend
le volant de la Cooper T51 pour 6 GP. Il termine 3e au Pays-Bas, 7e en Grande-Bretagne et 2e
au Portugal. Dans cette écurie, il côtoie Jack Brabham et Bruce McLaren.
Coup de malchance, il est à nouveau victime d’un accident et, une nouvelle
fois, est gravement blessé en sautant de sa voiture.
En 1960, il n’est pas retenu par Cooper et va courir en
Argentine pour la Camoradi International, sur Porsche Behra. Pour les trois GP
suivant, France, Grande-Bretagne et Portugal, il rejoint la Scuderia Centro Sud
et court sur Cooper T51, sans résultats probants.

Silverstone 1965
La saison 1961 n’est pas meilleure avec Carmoradi
international et UDT Laystall Racing Team. Les Cooper T53 et Lotus 18/21 ne lui
permettent pas de se classer dans les 10 premiers. En 1962, l’écurie UDT lui
confie le volant de la Lotus 24 BRM dès le GP de Belgique, remplaçante de la
Lotus 18/21 Climax du premier GP, au Pays-Bas. Finalement, si Masten parvient à
se classer dans les 10 premiers en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la saison
n’est pas franchement concluante, Masten terminant 18e au classement
du championnat. La saison 1963 est pire, il ne terminera qu’un seul GP sur les
5 disputés avec la Lotus 24 puis la Lola Mk 4A de l’écurie reg Parnell Racing.
Absent du championnat en 1964, il court sa dernière saison en 1965, et retrouve
la Scuderia Centro Sud. Son meilleur classement est 8e au GP
d’Allemagne, l’un des 4 GP disputé cette année là avec la BRM P57. Après cette saison
1965, Masten abandonne la F1 pour orienter sa carrière vers les épreuves Sport.
Entre-temps
En 1960, la fragilité chronique des maserati T61 de l'écurie Camoradi l'empêche de concrétiser les brillants débuts de course des 1.000
km de Buenos Aires, ou des 24 Heures du Mans. En 1961, c'est cependant avec une voiture du même type qu'il remporte les 1.000 km
du Nürburgring. Jusqu'en 1965, Masten va vivre ainsi une succession de hauts et de bas. En 1965 d'ailleurs, il débute à Indianapolis.
Qualifié en 31e position, il parviendra à remonter à la 5e place avant de devoir abandonner.
Le Mans
Tout en participant au championnat de F1, Masten n’a pas délaissé pour autant les 24 Heures du Mans.
Après l’abandon de 1955 avec la Ferrari 750 Monza qu’il partageait avec Mike
Sparken, Masten revient au Mans en 1957. Cette fois, il termine 6e avec Duncan
Hamilton, sur Jaguar Type D. C’est avec une Jaguar Type D également qu’il
participe aux éditions 1958 et 1959, avec l’écurie Ecosse. Par deux fois, c’est l’abandon, avec Jack Fairman
puis avec Innes Ireland. Avec la Maserati de Camoradi, le résultat est le même.
La Tipo 61 qu’il partage avec Chuck Daigh est contrainte à l’abandon dans la 9e
heure suite à des problèmes sur le circuit électrique. Engagé par Porsche
System Engineering en 1961, il termine enfin la course, avec Bob Holbert sur
Porsche 718/4 RS Spyder. Les deux pilotes terminent 5e au classement général,
4e de la catégorie Sport. En 1962, avec UDT, c’est à nouveau un abandon avec
Innes Ireland et la Ferrari 250 GTO. Avec le Nart et la Ferrari 250 GTO LMB, il
partage une 6e place au classement avec David Piper. Nouvel échec en
1964 avec la Ford GT40 MkI de la Ford Motor Company et Richie Ginther. La
persévérance étant toujours récompensé, Masten finit par décrocher la
consécration.

En 1965, Enfin la victoire avec Jochen Rindt et la Ferrari 275
En 1965, associé au grand espoir autrichien Jochen Rindt,
Pourtant, la course s’annonçait perdu pour la Ferrari 275 du Nart de Luigi
Chinetti. Retardé par de gros ennuis mécanique en début de course, Masten et
Jochen pensent avoir tout perdu. Cependant, ils décident de jouer le tout pour
le tout et de ne plus tenir compte des problèmes de la voiture, poursuivant la
course non plus comme une épreuve d’endurance mais comme une épreuve de
vitesse. Les records du tour tombent alors au fil des tours et les deux pilotes
parviennent à reprendre la tête de la course. Ils finiront par s’imposer. Masten
remporte sa première victoire au Mans. Après cette édition, il dispute son
dernier GP en F1, décidé à 34 ans de se consacrer aux épreuves Sport. Il
reviendra encore 6 fois aux 24 Heures du Mans, en 1966 et 1967 avec le Nart,
avec Bob Bondurant sur Ferrari 365 P2 et Charlie Kolb sur Ferrari 250 LM. En
1969, il court pour la Scudéria Filipinetti, sur Lola T70 Chevrolet avec Jo
Bonnier. L’année suivante, Autodelta SpA lui confie le volant de l’Alfa Romeo
T33/3 avec Toine Hezemans. En 1971 et 1972, il retrouve le Nart et Ferrari, la
512 S qu’il partage avec Georges Eaton, la 365 GTB/4 avec Luigi Chinetti Jr.
Ses 6 participations se soldent par des abandons. Masten ne reviendra pas au
Mans. Lors de l’édition 1972, Masten perd l’un de ses amis, Joakim Bonnier. Le
pilote suédois a perdu la vie dans le 18e tour, après un accrochage
avec la Ferrari n° 35 de l’écurie Filipinetti. Jo pilotait la Lola T280 qu’il
partageait avec Gerard Larrousse et Gijs van Lennep. Après l’épreuve, très
touché, Masten décide de mettre un terme définitif à sa carrière.

En 1970, avec Steve McQuenn
Retraite
Masten Grégory abandonne la compétition pour se reconvertir
dans les affaires. Devenu diamantaire à Amsterdam, il est victime d’une crise
cardiaque en 1985 et s’éteint alors qu’il est en vacances en Italie, le 8 novembre 1985. Le pilote avait 53 ans.
