LA PREHISTOIRE DE L'AUTOMOBILE     

Dernière mise à jour : 05/05/2010

L'invention du bec de gaz

Philippe Lebon d'Humersin (1767-1802)

A la fin du 18e siècle, la vapeur n'est pas le seul combustible à monopoliser les recherches. Philippe Lebon d'Humersin, chimiste, dépose en 1796 un brevet pour l'invention du gaz d'éclairage. Il inventera par la suite le moteur à gaz, à allumage électrique.
Avant de développer la vie de Philippe Lebon, écartons nous un peu de l'histoire de l'automobile et penchons nous un peu sur cette énergie qu'est le gaz, qui, si elle restera pendant des années dans l'ombre, reviendra au devant de l'actualité au cours de la Seconde Guerre mondiake et de nos jours avec le GPL. n peut dire que cette source d'énergie est aussi vielle que la vapeur. Avant de devenir un moyen de faire fonctionner des moteurs, le gaz fut carburant de chauffe au même titre que le bois. Déjà, 450 ans avant Jésus Christ, les rois de Perse avaient déjà compris que cette énergie pouvait être utile et construisaient leur cuisine aux endroits où des feux sortaient de terre. Ce sont donc les premiers utilisateurs du gaz naturel !
Plus près de nous, a Genève par exemple, avant d'utiliser le gaz naturel, on fabriqua le gaz de ville avec de la houille. Le gaz d'éclairage va devenir ensuite le principal mode d'éclairage de 1820 à 1880, jusqu'à l'invention par Edison de la lampe à incandescence. En 1804, les rues des grandes villes ne sont encore éclairées que par des chandelles de suif ou des réverbères à huile qu'on éteint la nuit. L'éclairage au gaz, qui va les remplacer à Londres à partir de 1807 et à Paris à partir de 1819, a pourtant été inventé dès les années 1790 simultanément par l'Ecossais William Murdoch et par le Français Philippe Lebon. Sans se connaître ni se concerter. Mais remontons bien avant cela. En 1650, un fait précis est à signaler. P. Shirley présenta à la société Royale de Londres, un rapport sur la découverte d'une source de gaz inflammable près de Wigan, dans le Lancashire. En 1733, Lowther décrira une combustion spontanée au fond d'un puit de houille. 6 ans plus tard, le docteur Clayton observera la présence de charbon près du puits de Wigan et réussira à obtenir un gaz inflammable en distillant à feu nu de la houille dans une cornue. En 1783, le professeur de philosophie de l'université de Louvain, Minkelers, qui cherchait un produit plus léger que l'air pour gonfler un ballon et moins coûteux que l'hydrogène, eut l'idée géniale de traiter de la houille par pyrogénation. Il constata alors que les produits qui s'en dégageaient pouvaient non seulement gonfler un ballon capable de s'élever dans l'atmosphère, mais que ces "fumées" comme on les appelaient , étaient inflammables et qu'ils produisaient une flamme très lumineuse lors de la combustion.

Les débuts

Né en 1767, à Brachay, en Champagne, Philippe Lebon d'Humersin a fait ses premières études à Châlons-sur-Marne, aujourd'hui Châlons-en-champagne. Puis il entra à l'Ecole des ponts et chaussées. Passionné de thermique et de mécanique, il pratiqua de nombreuses expériences et en 1790, ayant mis sur un fourneau plusieurs flacons remplis de sciure de bois, il s'attendait à en voir sortir de la fumée épaisse et noire. Mais c'est le contraire qui se passa et constatant que cette fumée était d'une extrême clarté, il eut l'idée de l'enflammer avec une baguette allumée. A sa grande surprise, il observa une lumière éclatante, encore plus forte que celle obtenue en brûlant de la cire ou de l'huile. Lebon venait de réaliser le premier bec de gaz ! Plus tard, en 1786, Lord Dundald condensa les "fumées" de ses fours à coke et obtint la séparation des gaz et des goudrons. Ils furent utilisés par les employés pour s'éclairer pendant leur travail. C'est à cette période qu'interviennent Philippe Lebon d'Humersin et William Murdoch. En 1790, à Paris et à Londres, les deux hommes passent à des réalisations pratiques d'installations de production de gaz. Ils sont tous les deux considérés comme les créateurs de l'industrie gazière. Cependant, Philippe Lebon sera le premier à inventer les becs de gaz. Reprenant son expérience, il ferma cette fois hermétiquement un fourneau rempli de bois. Pour la fumée, il dirigea un tuyau vers une cuve d'eau froide où il l'élargit en récipient condensateur.
Une fois le feu allumé, le bois placé dans le fourneau se carbonise ; la fumée parvenue dans la cuve se purifie en abandonnant le goudron et les acides ; le gaz sortant du condensateur est capable d'éclairer et de chauffer. Lebon en conclut que cette fumée est un gaz et qu'en carbonisant les combustibles on peut produire à la fois goudron et lumière. Lebon délaisse quelque peu ses obligations d'ingénieur des Ponts et Chaussées à Angoulême pour continuer ses recherches sur le gaz dégagé par la carbonisation du bois. Avec un kilo de bois, il se fait fort d'éclairer une pièce pendant deux heures avec autant de lumière que quatre ou cinq chandelles. Muté à Paris en 1799, il s'installe 12, rue Saint-Louis-en-l'Ile. Malgré la malveillance de voisins indisposés par la fumée et les odeurs, il met au point son "thermolampe", un poêle qui distille le bois en produisant un gaz inflammable. "Grâce à cette flamme complaisante, disait Lebon, on pourra cuire les mets, sécher le linge, chauffer les bains, les lessives, etc. Ce procédé produira un changement considérable dans nos usages."
Philippe Lebon déposa un brevet en 1801 et pour vaincre l'incrédulité, il loua, rue Saint-Dominique, le vaste hôtel particulier qu'occupe aujourd'hui le Crédit national. Dans les appartements, comme dans les jardins, il y installe des "thermolampes". Lebon fait payer le public trois francs par séance pour avoir accès à la magie des lumières, mais les recettes engendrées ne couvrent pas les frais de location et de publicité. Lebon sortira ruiné de cette affaire. Heureusement, la marine a le plus grand besoin de goudron et, justement, la distillation du bois en produit. Avec l'aide de Chaptal, un chimiste et ministre de l'Intérieur, Lebon monte une fabrique en forêt de Rouvray, près du Havre, et une autre en forêt de Marly.

Une mort mystérieuse

Le 2 décembre 1802, l'inventeur du bec de gaz est assassiné. A quelques heures du sacre de l'Empereur, on retrouvera son corps dans les jardins des Champs-Elysées, percés de treize coups de couteau. La police va alors envisager toutes les hypothèses. Nous en retenons deux.

Le crime crapuleux

En ce qui concerne le crime crapuleux, il est vrai qu'à cette époque, les rues de la capitale ne sont pas sures et cette version est tout à fait possible.

L'erreur sur la personne

La seconde version est plus romancée, mais plausible également. Selon les écrits d'Alain Frerejean, voici cette histoire. Le 2 décembre 1802, l'hiver est froid mais Paris vit depuis l'aube au son des cloches et au bruit du canon. Comme tout le monde le sait, c'est le jour du sacre de l'empereur napoléon 1er. Le pape Pie VII se déplace spécialement à Paris pour cet événement. L'atmosphère du pays à cette époque est très tendue. Depuis un an, la bourgeoisie vit dans l'inquiétude et la crainte d'une restauration des Bourbons, susceptible de lui retirer les biens nationaux. Des biens acquis à bon compte, mais auxquels elle tient. La reprise de la guerre avec l'Angleterre a réveillé les chouans, et un complot, celui de Cadoudal et de Pichegru, a été éventé juste à temps. Heureusement, sur proposition du Tribunat, le suffrage universel (3.600.000 oui contre 2.500 non) a proclamé le Premier consul empereur héréditaire. La Marseillaise est remplacée par le Veillons au salut de l'Empire et le coq gaulois par l'aigle romaine et les abeilles : « Le coq est de basse-cour, c'est un animal trop faible », déclara Napoléon. Pour mieux frapper les esprits, l'Empereur veut un sacre, mais pas au Champs de Mars, à Notre-Dame, devant les généraux et les notables venus de toute la France. La présence du pape doit désarmer l'opposition des départements restés profondément catholiques, la Vendée notamment. C'est donc dans cette cathédrale que Napoléon sera sacré Empereur, et Joséphine son impératrice. Ce 2 décembre 1802 est un jour chômé pour les Parisiens et dans la ville, ce ne sont qu'envols de montgolfières, spectacles gratuits, fontaines de vin, jeux de toutes sortes. Après une cérémonie réservée aux dignitaires, il fallait bien que le peuple s'amuse. Dans tout Paris, et particulièrement aux Champs-Elysées, où se trouvent jeux de paume et de boule, restaurateurs et limonadiers, et où les filles s'enivrent avec les soldats. C'est justement dans un des jardins encore sauvage et plongé dans l'obscurité totale que la police trouva le corps d'un homme tué de treize coups de couteau, celui de Lebon. Il se trouve qu'il ressemble étrangement à l'Empereur : même figure pâle, mêmes cheveux plaqués sur le front, même taille, à peu près le même âge. Un véritable sosie. Au point que des enquêteurs se demandent un moment s'il ne s'agit pas d'un meurtre commandité par "l'infâme William Pitt" (le second), le Premier ministre anglais, et que Philippe Lebon fut pris pour l'empereur. Depuis 1804, le mystère du décès de notre inventeur reste un mystère que la police n'aura jamais réussit à résoudre.

Troisième hypothèse, le crime commercial

Lorsque Lebon est assassiné, Paris est éclairé par 4.500 réverbères fonctionnant à l'huile de tripes ou de colza. L'arrivée du gaz d'éclairage vient contrarier les affaires des fabricants des combustibles jusque là utilisés. S'opposant à une invention qui les menace, on pourrait supposer qu'il aient voulu se débarrasser de Lebon avant que ce dernier finalise ses travaux. De toute façon, et si c'était le cas, la mort de Lebon n'aurait servi à rien puisqu'en Angleterre, William Murdoch, qui travaille sur le même sujet, va surmonter en 1803 les dernières difficultés de la mise au point de l'éclairage au gaz.